
Moretum (pâte romaine à l'ail et au fromage)
Le moretum est une pâte à tartiner de la Rome antique, faite de fromage salé, d'ail et d'herbes fraîches pilés ensemble au mortier avec de l'huile d'olive et un peu de vinaigre, et mangée avec du pain. Le mot s'écrit de la même façon en allemand, en italien et en français, Моретум en russe et モレトゥム en japonais. Le récit le plus connu est un poème latin intitulé Moretum, attribué à Virgile, même si personne ne sait avec certitude qui l'a écrit. Dans ce poème, un pauvre paysan se lève avant l'aube, cuit son pain, arrache quatre têtes d'ail dans son jardin et les pile avec du sel, un fromage durci par le sel et les herbes qu'il a cueillies : de l'apium (céleri ou persil, les traducteurs ne sont pas d'accord ; nous prenons des feuilles de céleri), de la rue et de la coriandre. Le poème ne donne aucun poids, donc les quantités ici sont une reconstitution moderne. Le pecorino romano remplace le fromage romain, et la roquette prend la place de la rue, difficile à trouver. Comptez environ 30 minutes, toutes en travail actif.
Qu'est-ce que le moretum ?
Le moretum est une pâte romaine de fromage, d'ail et d'herbes, et son nom est généralement rattaché au mortier dans lequel on la pilait. Le récit le plus complet est un poème latin du même nom, attribué à Virgile et conservé avec les autres poèmes réunis sous son nom, bien que personne ne sache avec certitude qui l'a réellement écrit. Son héros, Simulus, est un pauvre paysan qui se lève avant l'aube. Il cuit une miche plate sur l'âtre et, pendant qu'elle cuit, va dans son jardin chercher quatre têtes d'ail, du céleri ou du persil, de la rue et de la coriandre. Il saupoudre l'ail de sel, ajoute un fromage durci par le sel et les herbes, écrase d'abord l'ail puis broie le tout ensemble jusqu'à ce que la couleur ne soit ni tout à fait verte ni tout à fait blanche. Quelques gouttes d'huile d'olive et un peu de vinaigre viennent à la fin. Puis il passe 2 doigts le long du mortier et rassemble tout en une boule, à manger avec son pain.
Le poème ne donne jamais de poids, cette recette est donc une reconstitution, bâtie sur les ingrédients du poème et sur les quantités qu'utilisent les cuisiniers d'aujourd'hui. Elle occupe le même petit coin romain de ce site que les gâteaux au fromage de Caton, le Libum et le Savillum. Elle est bonne sur du pain grillé, comme les toasts de la Bruschetta sans la garniture de tomate.
Le moretum dans le poème et chez Columelle
Columelle, qui écrivait sur l'agriculture au 1er siècle apr. J.-C., donne un moretum différent. Le sien est vert et frais : du fromage frais salé pilé avec de la sarriette, de la menthe, de la rue, de la coriandre, de l'apium, du poireau, de la laitue, de la roquette, du thym et d'autres herbes, assaisonné d'un peu de vinaigre poivré et servi dans un plat avec de l'huile d'olive versée dessus. Il ajoute des versions aux noix, au sésame grillé, aux pignons, aux noisettes ou aux amandes. La version du poème est la version rustique, au fromage dur et à beaucoup d'ail cru. Cette page suit le poème.
Ingrédients
- 200 gpecorino romano
- 6 goussesail
- 15 gfeuilles de céleri
- 10 gcoriandre fraîche
- 20 groquette
- 1 pincéesel
- 1 c. à soupehuile d'olive
- 2 c. à cafévinaigre de vin blanc
Préparation
- Râpez les 200 g de pecorino romano sur le côté fin d'une râpe à fromage ou avec une râpe plane de type microplane. Il faut obtenir des filaments fins et légers, sans aucun morceau. Un fromage dur ne devient lisse au mortier que s'il est déjà finement râpé.
- Détachez 15 g de feuilles d'une botte de céleri, avec les tiges les plus fines tout en haut. Lavez-les avec 10 g de coriandre fraîche et 20 g de roquette, puis séchez bien le tout dans un torchon propre et hachez grossièrement. Les feuilles doivent être sèches au toucher, sans goutte d'eau, car l'eau restée sur les herbes rend la pâte humide et molle.
- Épluchez les 6 gousses d'ail et mettez-les dans un grand mortier en pierre, d'environ 18 cm de large, avec une pincée de gros sel. Pilez-les d'abord, puis broyez avec le pilon en cercles pendant environ 3 minutes, jusqu'à obtenir une purée d'ail onctueuse, sans aucun morceau. Les grains de sel accrochent l'ail et aident à le défaire. Attendez-vous à ce que l'ail pique un peu les yeux. Si votre mortier est plus petit, faites la recette en deux moitiés et pressez-les ensemble en une seule boule à la fin.

- Ajoutez les herbes hachées en 2 fois. Pilez et broyez chaque fournée jusqu'à ce qu'elle s'affaisse dans l'ail, environ 5 minutes en tout. Arrêtez quand vous avez une pâte vert foncé et humide, sans feuille entière. Le jus des herbes est ce dans quoi le fromage sera broyé ensuite, et travailler en plusieurs fois évite qu'un mortier de cuisine ne déborde.
- Ajoutez le fromage râpé en 3 fois, en broyant en cercles après chaque ajout, environ 7 minutes en tout. Au début, le pilon cogne et saute sur le fromage. Quand il se met à avancer plus lourdement, en cercles lents et réguliers, le mélange est prêt : il ressemble à de la chapelure humide, vert pâle moucheté de blanc, ni tout à fait vert ni tout à fait blanc.

- Ajoutez 1 c. à soupe d'huile d'olive extra vierge et 2 c. à café de vinaigre de vin blanc, puis travaillez de nouveau le mélange pendant environ 2 minutes. C'est prêt quand la pâte fait des grumeaux et tient ensemble sous la pression du pilon. L'huile et le vinaigre vont en dernier, dans le même ordre que dans le poème romain.
- Passez 2 doigts le long de l'intérieur du mortier et rassemblez tout en une boule ferme et rustique, jusqu'à ce que la paroi du mortier soit presque propre. Posez la boule sur une assiette ou dans un petit bol et servez à température ambiante. Remettez les restes au réfrigérateur, couverts, dans les 2 heures.

Questions
Le plat est réel, mais pas les quantités : un poème latin intitulé Moretum, attribué à Virgile, décrit un paysan qui pile quatre têtes d'ail avec du sel, un fromage dur salé, du céleri ou du persil, de la rue et de la coriandre, puis ajoute quelques gouttes d'huile d'olive et un peu de vinaigre. Columelle, un auteur romain d'agronomie du 1er siècle apr. J.-C., donne lui aussi ses propres recettes de moretum. Ni l'un ni l'autre ne donne de poids, donc toute version moderne, celle-ci comprise, est une reconstitution : 200 g de pecorino romano, 6 gousses d'ail et les herbes sont notre choix, dans la fourchette des cuisiniers d'aujourd'hui. Si vous aimez la cuisine romaine, essayez le gâteau au fromage de Caton, le Libum.
Dans le poème, le paysan arrache quatre têtes d'ail dans son jardin, et c'est le seul chiffre que le poème donne pour le moretum. Il ne dit jamais quelle quantité de fromage il a utilisée, il n'existe donc aucune proportion romaine ail-fromage à copier. Les reconstitutions modernes vont d'une seule gousse dans une recette de la ville espagnole de Valence à quatre têtes entières pour environ 450 g de fromage. Cette recette utilise 6 gousses pour 200 g de pecorino, ce qui reste très ailé quand on le mange cru sur du pain. Commencez avec moins si vous hésitez, et goûtez une fois la purée d'ail faite.
Le poème en nomme trois : l'apium, la rue et la coriandre. Dans les versions anglaises, l'apium est traduit par persil, alors que plusieurs reconstitutions allemandes et espagnoles utilisent des feuilles de céleri, et cette recette les suit avec 15 g de feuilles de céleri. Les traducteurs divergent aussi sur la coriandre, que certains lisent comme des feuilles et d'autres comme des graines ; nous utilisons 10 g de feuilles fraîches. La rue est difficile à trouver, alors 20 g de roquette apportent à la place le côté amer. La roquette figure dans le moretum de Columelle, et une reconstitution remplace la rue par de la chicorée ou des feuilles de pissenlit.
Le moretum du poème est une boule rustique de fromage dur salé et de beaucoup d'ail. La recette principale de Columelle ne contient pas du tout d'ail : un fromage frais salé est pilé avec une longue liste de verdures, dont la menthe, la rue, la coriandre, la roquette et le thym, assaisonné d'un peu de vinaigre poivré et servi avec de l'huile d'olive versée dessus. Il donne aussi des versions aux noix, au sésame grillé, aux pignons, aux noisettes grillées ou aux amandes. Les versions modernes dans le style de Columelle utilisent de la ricotta ; un dépliant d'une université allemande, par exemple, en prévoit 400 à 500 g. Si vous aimez la ricotta tendre dans la cuisine romaine, essayez le Savillum.
Le moretum est meilleur le jour même, quand l'ail cru et les herbes sont encore vifs, alors préparez-le peu avant de servir. C'est une pâte à tartiner fraîche au fromage, donc ne la laissez pas à température ambiante plus de 2 heures. Emballez bien les restes ou posez un film alimentaire directement sur la surface, et gardez-les au réfrigérateur. Les herbes noircissent et l'ail devient plus fort avec le temps, mangez donc les restes rapidement plutôt que de les garder pour plus tard dans la semaine.
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